Quatre entreprises cohabitent au sein du groupe Casaque : la CIAD, Anaïk, Alpac et Stylea.
Nous avons rencontré Grégory Sant, designer intégré au sein de deux des sociétés de ce groupe implanté près de Lille : la CIAD (55 employés) et la société Alpac (15 employés).
Casaque, Portrait d’un groupe « pro-design »…
La création est mise en avant au sein du groupe Casaque, c’est le moins que l’on puisse dire.
Un lieu unique réunit les quatre entreprises du groupe : « Le Village Créatif », implanté à Villeneuve d’Ascq (Nord – France) depuis 2007. C’est un lieu au style résolument moderne, avec une ambiance « Loft », conçu pour faciliter le travail des créatifs et des commerciaux. Un espace « matériauthèque » où les échantillons de tissus sont épars, un espace lecture pour les derniers magazines tendances, un studio photo intégré,… s’offrent aux regards des visiteurs.

La création habite les nombreux espaces show-rooms, essentiels au sein du « Village Créatif ». Ces show-rooms représentent la moitié de la surface des bâtiments. Ce sont de véritables outils de promotion, chargés de mettre en valeur le travail des créatifs, et de précieux supports commerciaux vis-à-vis des clients. L’ensemble des show-rooms a une présentation adaptée aux différents marchés visés par chaque entreprise du groupe. Ils évoluent dans l’année suivant des thématiques ou des saisonnalités produit.
Un objectif : Promouvoir le design sous toute ses formes et en montrer les apports concrets pour les bénéficiaires
… et « éco-responsable »
Le Village Créatif illustre également l’importance, pour le groupe Casaque des aspects environnementaux. Dès l’emménagement en 2007, le groupe a décidé de se mettre au « vert ». Ainsi, des panneaux solaires, un système de chauffage économique, des murs végétalisés sont intégrés aux bâtiments. En 2009 le « Village Créatif » a passé la norme Iso 14001 avec une volonté réelle de réduire ses déchets, de les trier, de réduire ses consommations, de diminuer son impact carbone. Le groupe est donc très sensible au respect de l’environnement.
Dans la création, cela se traduit par une réelle démarche pour proposer aux clients des produits plus verts en proposant des matériaux ‘bio’, ou des produits à connotation plus écologique. Contrairement à de nombreux produits, le cadeau promotionnel (CIAD) et les plateaux (ALPAC) nécessitent peu d’emballage.
La société ALPAC, un savoir-faire unique
La société ALPAC, créée il y a maintenant 40 ans, fait souvent office d’exemple pour son modèle d’intégration du design. Dans les années 1980/90, la société possédait des ateliers en polyester, céramique, verrerie, textile et bois. Elle s’est progressivement recentrée autour du plateau et autour d’un savoir-faire unique : l’encapsulage de papier ou de tissus. Elle est aujourd’hui spécialisée dans les produits coordonnés pour les arts de la table. Actuellement leader sur ce marché unique, l’entreprise propose à de nombreuses entreprises des arts de la table de sublimer leurs décors avec des plateaux et autres accessoires de la table, le tout en acrylique.

- Qui est-il ?
« J’ai 40 ans et 14 ans de pratique dans le monde du design. J’ai eu l’envie de pratiquer le métier de designer assez jeune, à une époque ou le monde du design était encore très méconnu. J’ai pratiqué le design global en intégrant l’ensemble des problématiques que peut rencontrer un produit tout au long de sa vie : problématique de production, de livraison, de mise en rayon, de promotion, d’achat, de transport, de mise en service, d’utilisation, de stockage, de destruction.
J’ai d’abord fait 5 ans d’études en design industriel. Tout d’abord en esthétique industrielle à St Luc liège puis à l’ISD de Valenciennes. En 1996, j’ai créé avec Frédérique BONIN, l’agence AXONE design, une agence de design spécialisée en design produit. L’agence a travaillé pour le médical, l’automobile, le mobilier urbain, l’électronique… Après 5 ans, j’ai rejoins le groupe Auchan pour pratiquer mon métier dans l’équipe Auchan Production Non-Alimentaire. Le but de ma mission était de créer, concevoir et développer des produits et emballages adaptés aux clients de la grande distribution sous la marque Auchan. J’ai réalisé de nombreux produits comme des barbecues, table à repasser, cartable, valises, cocottes, flaconnage… En 2008 j’ai rejoint ALPAC car le projet que l’on me proposait et la variété des missions était en adéquation avec mes envies. »
- Comment gère-t-il la diversité de ses activités de designer ?
Designer pour Alpac comme pour la CIAD, Grégory Sant doit gérer deux activités design très différentes sur le fond comme sur la forme.
« Concernant la mission d’ALPAC, elle est très large. Je crée les produits, puis les moules et le prototype. Je réponds aux demandes spécifiques des clients, je gère l’outil de production, je suis responsable du show-room, et de l’identité de l’entreprise, je développe les nouvelles techniques de fabrication.
Les process pour chaque entreprise sont différents. Pour ALPAC nous sommes force de proposition auprès de nos clients pour leurs donner des idées sur de nouveaux produits qu’ils pourraient mettre dans leurs catalogues."
© 3pod - Exposition "Faites une pause, le design s'expose", novembre 2009
"La mission de CIAD est très différente puisque je dessine et développe des produits pour la VAD et autres clients. Je crée et propose ce design en 3 dimensions pour des rendus réalistes. Nous sommes ici sur un mode de design « Drive » avec des réalisations extrêmement rapides.
Pour CIAD, des briefs d’une ou deux phrases suffisent pour réaliser les créations. L’ensemble de l’équipe de Style est formée à des réponses uniques et optimisées pour répondre aux briefs. Les cahiers des charges sont ici réduits à leurs plus simples expressions. Les habitudes et la connaissance des clients et des modes de fabrication sont des facteurs de rapidité et de qualité dans les exécutions. Un certain nombre de création sont faites en flux poussé. En effet nous proposons des gammes de produits qui ont été réfléchis au sein de l’entreprise puis proposés ensuite à nos clients. Il y a ici plus de liberté dans les créations car nous n’avons pas forcément un client en face du brief."

Ordinateur pour Vert Baudet
- Designer intégré vs designer en agence ?
« La mission intégrée est aussi variée que celle d’agence. Pour ma part la grande différence est que nous possédons un outil industriel en France. Je suis donc directement chargé de la partie prototype et du développement industriel. J’agis directement sur le produit et sa chaîne de fabrication ce qui est souvent plus difficile à réaliser en agence. Le taux de transformation en agence reste faible. Les nouveaux produits chez ALPAC sont réalisés en adéquation avec notre marché et notre savoir-faire ce qui nous permet d’aboutir à plus de transformation. »
- En faveur d’une conception responsable ?
« Le designer peut apporter une approche différente sur le produit. S’il a une bonne expérience dans le domaine, il peut agir sur des points divers comme l’optimisation du produit et de son emballage pour une palettisation optimum réduisant le volume de transport, il peut agir sur la réduction de l’emballage et du produit diminuant d’autant la matière première utilisée, il peut agir sur la matière en choisissant des matériaux plus respectueux de l’environnement, il peut créer le produit en mono-matériau ou en matériaux facilement séparables pour un recyclage plus facile… Dans la plupart de ces cas, ces interventions réduisent le coût du produit et font faire des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Si le designer maîtrise bien l’ensemble de ces points, il n’y a pas de raisons pour que ce soit plus compliqué. Par ailleurs, des aides existent, il peut par exemple se faire aider de l’Ademe pour proposer des solutions adéquates. »
- Sa vision des collaborations potentielles entre designers et PME ?
« L’agence de design, le designer indépendant, le travail partagé sont plusieurs possibilités pour commencer avec le design. Néanmoins, les interventions de design sont souvent des rencontres entre personnes car le designer est là comme une sage-femme pour mettre au monde un produit. Il y a donc beaucoup d’affectif dans les relations entreprises-designers. Souvent le choix se fait plus sur une personne que sur un book. L’entreprise a besoin d’être rassurée, d’être écoutée et conseillée. Il est du rôle du designer de cerner le contexte de l’entreprise et de son marché pour répondre de façon pertinente à la demande de l’entreprise. Si le designer remplit correctement ses missions et si une complicité et une confiance se crée, il n’y a plus trop d’obstacles pour l’intégration d’un designer à temps complet ou partiel. Le designer peut aussi élargir ses missions avec une implication marketing, commerciale, chef de produit, ou développement produit, créant un complément non négligeable au métier de designer. »
« L’intervention du design est en effet un coût réel en amont mais qui peut être vite amorti si le travail est correctement fait. L’entreprise peut s’y retrouver en réduction de coûts de fabrication, de transport… mais aussi dans l’image véhiculé par le produit. Dans le domaine automobile, la Fiat 500 et la Mini peuvent être citées comme de vraies réussites design : des produits avec une forte image et qui ont généré de très gros profits aux entreprises qui les ont produites. On retrouve aussi ce genre de succès sur des produits développés dans des PMI, PME. Le design fait souvent la différence lors de l’achat. »
Visitez le blog de Grégory Sant, plus de 2000 articles sur le monde du design : www.alltrends.over-blog.net
A consulter également : Grégory Sant parle de son métier de designer produit sur télé Wéo ici (diffusé en février 2010).